Conversation avec le "French Senator" : MALLORRAY SUPER STAR
Le « French Senator ». C’est ainsi que des millions (« On ne peut pas encore compter le nombre de réactions ») d’américains et d’étrangers ont, dans le monde entier, identifié et aimé les 8 minutes du discours de Claude Malhuret, le 4 mars dernier, fustigeant, grâce à son génie du verbe, aussi bien Trump que Musk (« Néron et un bouffon sous kétamine »). Ce sénateur français, si on veut le comprendre, il ne faut jamais oublier qu’avant de développer son talent oratoire dans le cadre du Sénat, il a vécu plus de 10 ans la misère du monde : Médecins sans frontières, et des missions dans le Bangladesh, le Burundi, au Nord de Calcutta.
1 mètre 70. 68 kilos. 75 ans. Le ventre plat, une allure d’ancien demi de mêlée. Je l’interroge dans le cadre du salon Victor Hugo du Sénat à Paris. Sa cheffe de cabinet, Dominique Lagrange, dit qu’elle ne peut plus compter, non seulement les e-mails, mais les lettres qu’il reçoit. « Je suis un peu surpris, dit-il, mais il faut relativiser. D’ici quelques jours, on n’en parlera plus ». Sa modestie n’est pas feinte, il ne joue aucune comédie. Il emploie souvent le terme « relativiser » sauf que, ajoute-t-il, si on relativise trop, on finit par lasser. »
Son don pour l’écriture lui vient d’un père qui le faisait lire dès l’âge de 4 ans, bien avant l’école. Il a eu son bac à 15 ans. « Je ne sais pas ce que c’est que le style. Mais je sais classer les écrivains. Il y a les céliniens et les proustiens. Je suis plutôt célinien. J’aime les écrivains américains. Philippe Roth avec sa description prophétique de l’Amérique, Bellow, Fitzgerald, bien sûr, et Bret Easton Ellis. » Ses brillants anathèmes qu’il peut développer tous les trois mois dans le cadre de l’article 50-1 de la Constitution (déclaration du gouvernement suivie d’un débat) lui ont permis de dire ce que le monde entier semblait attendre des démocrates américains (« Ils ont sans doute trop peur »). Il a travaillé à l’ordinateur, un Hewlett Packard, ayant abandonné depuis longtemps son stylo bille de jeune homme. « J’ai toujours été bon en français, mais ma mission aura été la misère du monde. L’état de santé de peuples et de pays à propos desquels les français sont incapables de mesurer leur détresse. »
Le discours a fait 8 minutes ? « Et bien oui, à 8 minutes 10, le Président du Sénat, Gérard Larcher, coupe le micro. Je répète donc le discours, dans mon bureau, plusieurs fois. Il faut de la contrainte dans l’art. Je ne suis pas dupe de cette provisoire gloriole et du fameux quart d’heure warholien. C’est un succès, certes, mais il sera oublié dans trois jours. »
Avez-vous été contacté pour un livre ? Avez-vous un agent désormais ? « Ce n’est pas mon truc. »
Il a un faible pour Romain Gary. Il aime l’Amérique, la « vraie ». Malhuret sourit quand les américains prononcent son nom « Mallorray » en appuyant sur le « rray ». Pour lui, l’une des clés de la nature de Trump, c’est sa soumission à la flatterie : « Il est sans doute assez bien outillé d’un point de vue neuronal mais, avec une absence totale de surmoi. Les « midterms elections » arriveront vite et la « trumpinisation » peut ne pas durer. Ca ne sera jamais un grand Président. Pour moi, un des plus grands aura été Reagan. C’est lui qui a gagné la guerre froide. »
En 1999, Médecins sans Frontières que dirigeait Malhuret a obtenu le Prix Nobel de la Paix. Malhuret parle anglais, espagnol et arabe et a été élu Maire de Vichy 4 fois de suite : « Avec Médecins sans Frontières, c’est l’exercice du mandat de maire qui m’aura le plus passionné. Vous rencontrez les gens, vous comprenez leur problème. Il vous arrive, bien sûr, de faire face aux petitesses mais vous êtes au cœur de la comédie humaine. Connaissez-vous plus belle formule que celle de Balzac : « La comédie humaine ? »
Toute la presse parle de lui. Il va y avoir des portraits et entretiens dans tous les journaux et magazines. « Je suis Président du groupe « Les Indépendants - République et Territoires », ce qui me permet de dire ce que je veux lorsque je veux. Vous cherchez une définition ? Je vais vous la donner. Je suis curieux, je suis un curieux. »
Entre ses doigts, forts, épais, un petit Pilot à pointe fine. « La santé est bonne et je dois réfléchir aux prochaines élections sénatoriales ». En attendant, le « French Senator » évoque la précarité des choses, cite Platon et Leonard de Vinci, sourire aux lèvres.
Courtois, il me raccompagne jusqu’en haut des marches du grand escalier. L’immense majesté de ce Palais Sénatorial explique-t-elle la discrète pudeur de ceux qui le fréquentent ? Ce « French Senator » est une de nos fiertés. Mallorray Super Star.