Le Regard de Philippe Labro

Bully vs. Apprentice

Le regard de Philippe Labro
2 min ⋅ 02/04/2025

Maccarthysme? Certains commentateurs ont tendance à comparer le nouveau règne de Trump avec les 4 années pendant lesquelles un sénateur du Wisconsin terrorisa la vie politique américaine en imposant une « chasse rouge » dans les années 50 : « Il y a des communistes à Hollywood et à Washington, il va falloir s’en débarrasser. »

L’homme, Joe McCarthy, visage dur, un peu brutal, sourcils charbonneux, œil inquisiteur, une tête de 2ème ligne de foot US,  une sorte de « bully », agite des listes de pro-communistes en particulier à Hollywood et dirige une commission d’enquête au Sénat qui va empoisonner la vie politique américaine. Intolérance, suspicion, démasquer tout ce qui ne pense pas juste. Est-ce comparable avec ce que Trump veut imposer ?

Oui et non. N’oublions pas, d’abord, que McCarthy n’avait pour autre puissance que son verbe, les listes qu’il agitait (« J’ai ici 205 noms ») et la peur de la période de la guerre froide. Il y a des différences avec ce qui caractérise l’intolérance de Trump et celle de McCarthy. Les ravages de McCarthy au sein de Hollywood (la fameuse liste noire des scénaristes dont le destin fut détruit par les insinuations du taureau) envoyant, en l’espace de 18 mois, 546 assignations à comparaître, fabriquèrent de la peur. Qui à l’époque s’opposait à McCarthy ne tenait pas longtemps.

Trump est-il son héritier ? McCarthy n’était pas Président des Etats-Unis. Il n’avait pas, pour le soutenir, le Sénat, la Cour Suprême et une partie du monde de l’argent, ce qui est le cas avec le Président actuel. Il est intéressant de noter que le propre conseiller de McCarthy a été Roy Cohn, qui devint plus tard celui du jeune « apprentice », Donald Trump.

La chute de McCarthy fut spectaculaire : sa commission avait eu l’idée de s’attaquer à l’armée des Etats-Unis. McCarthy utilisait des termes invraisemblables : « Le Major Peress possède le cerveau d’un enfant de 5 ans. » L’opinion et les médias commencent à se retourner contre lui. Au bout d’une dizaine d’heures de programme de télévision, une seule réplique va le faire chuter. Elle s’ancre dans la légende américaine : Joseph Welch s’adressant à McCarthy : « N’avez-vous aucun sens de la décence, Monsieur, enfin? » Il sera censuré en 1954, blâmé par le Sénat et va mourir dans l’alcoolisme en 1957.

S’il est, sans doute, facile d’utiliser le Maccarthysme pour observer aujourd’hui l’intolérance de Trump (ainsi, par exemple, vouloir imposer aux entreprises françaises son idéologie actuelle), il n’en reste pas moins que de tels mouvements reviennent à la surface. N’oublions pas que ça a duré 4 ans,  le temps d’un mandat. Les comédiens, les metteurs en scène, les producteurs ont été « blacklisted », par la seule puissance d’un homme qui surfait sur la peur des « Rouges ». C’est fini, tout cela. Charlie Chaplin et Orson Welles durent quitter Hollywood à cause de McCarthy. Certains fonctionnaires se suicidèrent. Nous n’en sommes pas là. On peut imaginer que les démocrates vont se référer à cette loi éternelle : « Avez-vous un sens de la décence ? »

Citation du jour : « Quand il se regardait dans une glace, il était toujours tenté de l’essuyer. »

Jules Renard

Le regard de Philippe Labro

Par Philippe LABRO







Crédit photo : Alexandra Csabay Labro